Publié par : marlène Belilos | décembre 2, 2009

Harald Szeemann-Artpress 361.Novembre

Il y a 40 ans

Quand les attitudes deviennent forme

En mars 1969, Harald Szeemann invita Marlène Belilos en tant que responsable des émissions artistiques pour la Télévision suisse romande à assister à la mise enplace de l’exposition et à rencontrer les artistes. Le DVD joint à ce numéro d’art press contient le reportage sur Quand les attitudes deviennent forme et une longue interview de Szeemann sur le parcours qui l’amena à cette exposition.

Catherine Millet

Szeemann souriait quand il parlait de la grande exposition qu’il organisa en mars 1969 à la Kunsthalle de Berne, Quand les attitudes deviennent forme. « C’est quand j’ai vu l’artiste Jan Dibbets arroser du gazon sur une table que l’idée m’est venue de savoir s’il y avait d’autres artistes accomplissant les mêmes gestes. J’ai entrepris alors de visiter les ateliers. »

Version romancée, peut-être, du début d’une formidable aventure, interprétée comme la plus grande provocation des années 1970 en Suisse. Apocalypse ou révolution copernicienne ?, titrèrent les journaux, qui ne firent pas dans l’entredeux. La fonction de l’art devint l’objet de tous les débats. « Notre époque cherche à faire de l’art avec le réél lui-même et non à l’objectiver », se plaignait Jean-Luc Daval dans le Journal de Genève. « Que sont devenus les emplâtres de margarine de Joseph Beuys ? Ont-ils fini sur des tartines ou dans la fosse aux ours ? », s’interrogeait André Kuenzi, dans la Gazette de Lausanne. Szeemann se frottait les mains. Il avait de ses dires mêmes refusé d’être le « gardien d’un cimetière », entendez d’une Kunsthalle endormie, et cette exposition plus que tout autre représentait un enjeu majeur. Il attendait que la culture des hippies et des beatniks soit enfin présente dans l’art, mais « non par un retour au tachisme », pas par le produit d’un geste sur une toile. « Il existe une telle culture de l’objet que l’on s’exprime en objet. De cela est né le land art et l’art conceptuel selon lequel la manière de produire est déjà oeuvre d’art, c’est l’idée de la priorité du geste. » Il invita Joseph Beuys, Michael Heizer, Lawrence Weiner, Richard Artschwager, Alain Jacquet, Walter De Maria, et tant d’autres. La Kunsthalle devint le lieu de toutes les contestations. Deux jeunes Suisses se sentirent autorisés à brûler leur paquetage militaire, des citoyens déposèrent du fumier pour masquer les trous que Michael Heizer avait creusés dans le trottoir devant la Kunsthalle, Chain Link de Rafael Ferrer, oeuvre située en extérieur, fut piétinée. L’ambassade russe estima qu’il fallait y voir une preuve de la décadence bourgeoise et attribua à Philip Morris, mécène de l’exposition, des desseins mercantiles. La critique la plus avancée accordait à l’art la possibilité de représenter la réalité de façon fantaisiste, mais il devait tout de même répondre à des critères esthétiques ! Et toucher à la propriété en Suisse était un crime ! De plus, dans son camp, certains artistes estimèrent que Szeemann s’attribuait un rôle de super artiste. Aujourd’hui, Maria Eichhorn, une des artistes invitées pour l’exposition Vides, organisée par le Centre Pompidou pour commémorer l’anniversaire des Attitudes, a proposé une oeuvre intitulée Money at the Kunsthalle Bern qui consistait à demander un crédit pour restaurer le bâtiment. On est loin de Weiner qui arrachait le plâtre des murs de la Kunsthalle… Écoutons Szeemann évoquer Beuys : « Que nous raconte Joseph Beuys ? Je ne suis pas sûr de le savoir… Ce qui me parvient de son univers sinistre et pathétique a davantage de quoi me repousser que de quoi me charmer. Et pourtant, il y a là une sorte de grandeur morose jusque dans ses obsessions matérielles qui ne peut laisser indifférent. En juin 1969, Harald Szeemann démissionna, son exposition sur Beuys, prévue en 1970, avait été refusée. Ce qui le toucha profondément, c’est que ce furent des artistes, majoritaires dans le comité exécutif de la Kunsthalle, qui s’y opposèrent. Il tint à mettre lui-même sa lettre de démission dans la boîte aux lettres, au coin de la rue.

Marlène Belilos

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Responses

  1. Peut etre la raison du refus de l’exposition sur Beuys etait la connaissance de son passe ambigu pendant la guerre, les mensonges, les exagerations…

    • C’était clairement le caractère subversif de son acte par rapport à l’art.


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