Publié par : marlène Belilos | mai 10, 2010

A propos d’Onfray , Commentaire de Laura SOKOLOWSKY

laura sokolowsky

Onfray écrit sur son blog deux passages qui méritent un commentaire :
– « 1933 (mars) : dans une correspondance avec Max Eitingon, Freud décrète qu’il faut travailler avec le régime national-socialiste pour maintenir la psychanalyse à flot. Ils travailleront alors avec Matthias Göring le cousin du Maréchal. La femme de Matthias Göring suivait une analyse didactique. En juillet de la même année, Freud arrange l’éviction de Reich coupable de communisme. Anna se réjouit de cette purge d’un homme de gauche dans la tribu psychanalytique.
– Dans La psychothérapie sous le Troisième Reich. L’Institut Göring, l’historien Geoffrey Cocks écrit des psychothérapeutes, dont les psychanalystes : « Même aux pires moments de la persécution nazie, il leur fut toujours possible de poursuivre leurs activités ». L’ouvrage est traduit de l’américain en 1987 aux éditions « Les Belles Lettres » dans la collection « Confluents psychanalytiques » dirigée par le psychanalyste Alain de Mijolla. »

Commentaire du premier point : dans une lettre adressée à Eitingon, lettre 755 F (p.785 de l’édition française de la correspondance Freud-Eitingon) datée du 21 mars 1933, Freud évoquait les trois options possibles pour l’Institut de Berlin. A aucun moment, il ne décrétait la nécessité d’un travail avec le régime national-socialiste. Et pour cause, à cette époque, il était certain que la psychanalyse en Allemagne était menacée. L’Institut de Psychothérapie allemand, dit Institut Göring, ne fut crée qu’en mai 1936.

au printemps 1933, Freud était certain que la psychanalyse serait interdite par les nazis. C’est même cette certitude qui le poussa à écouter les mauvais conseils de Jones au cours de l’été de la même année car il pensait que l’Institut de Berlin était perdu.

Ou bien alors, Onfray fait allusion à la lettre 759 F du 17 avril écrite par Freud le jour même de la visite de Boehm à la Berggasse dans l’espoir d’obtenir son aval à propos de la démission d’Eitingon. Ce que Freud refusa. Boehm s’était précipité à Vienne dès le départ d’Eitingon à Menton avec sa femme à Pâques au mois d’avril. Il espérait affoler ses collègues en arguant que les autorités ne voulaient plus de juifs à la tête des associations. Il se servit d’un soit-disant décret émanant de la Chambre des médecins, ce qui n’était pas le cas.

Dans cette même lettre, Freud avoue à Eitingon qu’il doute de la fiabilité de Boehm et de son collègue Müller-Braunschweig. Il estime que ce sont deux opportunistes qui sont pressés de prendre la place de leur collègues Juifs. Freud précise aussi qu’il exigera l’exclusion de la DPG (Société psychanalytique allemande)de l’IPA au cas où ces derniers tenteraient d’introduire des modifications dans la pratique de la psychanalyse. Enfin, dans cette même lettre, Freud évoque l’exclusion de Reich pour des motifs scientifique et ceci se rapporte à la parution en 1932 dans la Zeitschrift d’un article de ce dernier contre la conception freudienne du masochisme primaire. L’affaire de l’exclusion de Reich est très complexe. La fille de Reich,qui vécut tout cela, est persuadée qu’Anna Freud lui en voulait.Il ne faut pas oublier non plus que Reich était partie en guerre contre l’hypothèse de la pulsion de mort qu’il ne pouvait admettre. Il considérait que l’invention de la Todestrieb était non seulement une erreur, mais une catastrophe. En effet, la pulsion de mort s’opposait directement à l’idée de l’origine sociale des symptômes. Les disputes de cette époque sont connues, cela va bien plus loin qu’un anticommunisme de la part de Freud. Penser cela est réducteur, ce qui ne veut pas dire que Freud aimait les marxistes. Il s’ expliqua du reste largement sur ce point dans la célèbre conférence de 1932 sur la Weltanschauung. Pour lui, le communisme est une illusion, comme la religion,qui prétend éradiquer l’agressivité de la nature humaine. Cela, Freud le tient pour impossible. Sa condamnation de la révolution bolchévique a la même origine.

S’il y a bien une histoire à faire, c’est celle de la trahison de certains analystes allemands vis-à-vis de la cause analytique pendant la période national-socialiste, et c’est précisément ce que les historiens de la psychanalyse allemands les plus sérieux s’efforcent de faire depuis les années 80. Geoffrey Cocks, qui n’est pas allemand, a effectué des recherches importantes. Mais il n’est pas le seul. Il convient de se reporter au chapitre IV de son ouvrage sur la Psychothérapie sous le IIIe Reich intitulé  » Péril et opportunité », et plus particulièrement la partie portant le titre  » La persécution des psychanalystes ». Je cite donc Cocks à propos de la période 1933 😦 p.131-132 de l’édition française ) :  » L’Institut de Berlin fit état non seulement d’attaques, fraîchement teintées au vitriol nationaliste et raciste venant des psychiatres de l’Hôpital de la Charité de l’Université Friedrich Wilhelm ; mais aussi de la part du Groupe de combat pour la culture allemande d’Alfred Rosenberg ( Kampfbung für deutsche Kultur). les assauts les véhéments et les plus pathologiques furent sans doute les débordements extravagants du célèbre  » harceleur de Juifs de Nuremberg, Julius Streicher, Gauleiter de Franconie ».
Cocks écrit aussi avec raison que deux psychanalystes essayèrent de démontrer la compatibilité de la pensée psychanalytique avec les idéaux du nouveau régime. ( p.134). Il indique que Harald Schultz-Hencke était l’un d’eux. Ceci renvoie au passage de la lettre du 17 avril, où Freud insiste pour que Schultz-Hencke ne fasse jamais partie du bureau de l’association.
L’affaire de la collaboration des analystes allemand au sein de l’Institut Göring à partir de 1936 est très compliquée. Justement, c’est ce que Cocks, et d’autres avec lui, tentent d’expliquer. L’idée d’une recommandation de Freud à ce sujet est le fruit de l’imagination.

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Responses

  1. Merci pour cet article, trés clair. Un autre, qui montre comment Onfray lit Nietzsche:
    http://www.lepost.fr/article/2010/08/04/2174683_si-onfray-avait-lu-nietzsche.html

    • Merci pour cette information et votre visite sur le blog. Pour la rentrée je prépare un ouvrage sur » Freud et la guerre », Editions Michel de maulle.

  2. […] « A propos d’Onfray« , par Laura […]


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