Publié par : marlène Belilos | octobre 17, 2010

Lettre à Liliane Bettencourt

Madame. De Banier, François-Marie, j’avais lu le premier roman Balthazar, fils de famille paru en 1985. Traduit en plusieurs langues, il annonçait un écrivain doué. Lui, le fils d’un ouvrier hongrois, né Banyai – patronyme qu’il abandonna pour Banier – il se mettait en scène en fils de famille, se consolant de l’indifférence d’une mère, chez une vieille dame antiquaire. Personne ne se doutait alors que François-Marie se cherchait une nouvelle famille, aisée bien sûr, dont il souhaitait être le fils.

Peu après la lecture du livre, me promenant rue Jacob, je m’arrête devant la vitrine d’une antiquaire. De belles photos en noir et blanc y sont exposées, des textes à l’encre figurent sur les tirages même. J’entre et m’enquiers de leur prix, la vieille dame qui m’accueille me dit vertement qu’elles ne sont pas à vendre. Pourquoi diable les afficher, alors ? Elle se tait. Me reviennent divers indices du roman, les lieux, la dame entourée d’objets anciens chez laquelle le héros de Banier se réfugiait… Et si c’était elle, l’héroïne deBalthazar, fils de famille ? Je lui pose la question, elle rougit sous son fard. J’ai su récemment que c’était Madeleine Castaing, la première mère-mécène de Banier.

Celui-ci a continué à se chercher des mères prestigieuses et riches, des mères phalliques, comme disent les psychanalystes. Il se présenta ainsi chez Françoise Giroud, à la mort de son fils. Candidat à la substitution. «Sortez», dit-elle. Lacan, chez qui la directrice de l’Express avait fait sa psychanalyse, était passé par là.

Vous n’avez pas eu ce courage, madame, vous n’avez pas résisté. Votre mari, fin politique, un homme qui aurait sauvé votre père de l’épuration, vous a permis de faire fructifier L’Oréal, ce fleuron de l’industrie française.«Parce ce que vous le valez bien», avez-vous dit, par slogan publicitaire interposé, à toutes les femmes du monde, qui ne demandaient qu’à le croire, et d’acheter ces lotions et crèmes qui font votre fortune.

Vous disposez d’un budget quotidien d’un million d’euros, dit-on. Vertigineux ! Comment peut-on évaluer une dépense ? Peut-on jamais dire : «Ceci est trop cher ?» C’est peut-être l’une des raisons qui vous aura conduit à donner ces cadeaux sans prix à votre ami François-Marie Banier, jusqu’à ce que le total atteigne un milliard d’euros, amitié onéreuse qui a contribué à affoler votre fille.

François-Marie, fille et garçon à la fois, vous a conquise, et non contente de le couvrir de cadeaux, vous avez même voulu l’adopter. Qui sait à quelle place le mettiez-vous ? On serait évidemment tenté de dire à celle du fils que vous n’avez pas eu. On comprend que cela ait fâché votre fille, qui de vous ne veut perdre une miette. Pourtant, vous avez dû penser tout de même «que vous le valiez bien» vous aussi, et que vous pouviez vous offrir un jeune dandy.

En conséquence, la République tremble sur ses bases, tout le système se dénude. Entre mi-vérités et mi-mensonges, tous ceux que vous aviez reçus à votre table, ironie de l’histoire, s’y mettent «à table», tous ceux que votre mari prudent avait tenté de neutraliser. Quand on a de l’argent, beaucoup d’argent, ça suscite forcément la jalousie, il faut en donner, là ou il le faut, dans des enveloppes kraft bien rebondies. Mais il y a des règles à ne pas transgresser et la famille en est une.

Dernier ouvrage : «Freud en ses voyages» (Michel De Maule)

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