Publié par : marlène Belilos | juillet 3, 2011

Nafissatou nous a rendus fous! paru dans Libération du 6 juillet

Lui est du Nord, elle du Sud. Un homme, une femme. Dans un instant ils vont se rencontrer au 28e étage d’un palace. Elle est pauvre, il est riche et puissant. Un mois et demi plus tard, lui sort rayonnant avec sa femme. Ils partent se faire un bon restaurant. Il commande des pâtes aux truffes. Ce n’est pas la saison, comme me disait un ami gastronome. Mais n’a-t-il pas peur des on-dit ? Truffe, veut dire aussi se moquer. Veut-il se moquer ? Il se moque, c’est vrai. Il s’en moque. Il vient de risquer son poste d’homme le plus puissant du monde pour une bagatelle et une poignée de dollars. Il a peut-être risqué sa vie, dans cette horrible prison. Il n’en a cure. Alors des pâtes aux truffes ?

Nafissatou, elle aussi a risqué sa vie. Née dans un hameau de Guinée, elle veut aller aux Etats-Unis. Le viol, un argument, parmi d’autres, à la portée des pauvres. Elle peut bien raconter l’histoire, elle a été violée en Guinée, bon, pas à ce moment et pas collectivement. Mais peu importe, elle a le droit de mentir pour quitter la pauvreté. Personne ne le lui reprochera. Ça y est, elle est à New York et c’est la débrouille, il faut ce qu’il faut.

Dans le local, elle a vu la photo de cet homme, patron du FMI, qui aime les femmes. Elle se débrouille pour être à l’étage qu’il faut. Et le reste suit. Il ne veut pas lui donner de l’argent. Elle dira qu’il a essayé de la violer ! L’argument a marché la première fois pour son travail aux Etats-Unis, pourquoi pas la deuxième fois ? Son mari la met en garde, elle répond : «Je sais ce que je fais.»

Mais non, Nafissatou. L’Amérique va enquêter. L’appartement, la banque, l’entrée aux Etats-Unis, ils vont tout passer au crible. Tu vas tout perdre. Tu es face à un homme qui ne se laisse pas faire. Il t’a refusé une poignée de dollars. Ce n’est pas juste. «Il a beaucoup d’argent.» C’est vrai, mais ce n’est pas une raison. «Je sais ce que je fais.» Mais non, c’est énorme. Il vaudrait mieux écouter ce mari qui a plongé pour du deal, du haschich, il a raison ce n’est pas le moment.

Les hommes blancs du Nord se sont sentis coupables, les femmes blanches, elles, se sont reconnues. «Nous sommes toutes des femmes de chambre.» Bien sûr que ce n’est pas vrai, bien sûr qu’elles ne viennent pas d’un hameau pauvre de Guinée, elles ne peuvent comprendre ce rêve d’argent par n’importe quel moyen. Elles n’ont pas compris, mais elles ne pouvaient pas comprendre, elles ne peuvent même pas imaginer une histoire pareille. Certaines épousent des hommes riches qu’elles n’aiment pas forcément, c’est autre chose et c’est permis.

Maintenant, elles risquent même de vous en vouloir, elles ne se résignent pas à votre dernière version. Elles aimeraient, et c’est un comble, que vous ayez été vraiment violée.

Nafissatou, vous nous avez rendus fous !


Publicités

Responses

  1. Nafissatou Dialo n’est que l’arbre qui cache la forêt. DSK et Le FMI? Notez bien les coincidences de dates. Ce n’est qu’un instrument utilisé, les stratèges sont ailleurs. Pour pièger on utilise toujours les points faibles. Bon prince DSK devrait payer cette femme, lui éviter des désagréments et se mettre au_dessus de la mêlée.


Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s

Catégories

%d blogueurs aiment cette page :