Publié par : marlène Belilos | février 19, 2013

Les temps morts des reporters de guerre

Les temps morts des reporters de guerre

Une guerre sans images existe-t-elle encore? Une guerre sans la présence de reporters

est-elle réelle? La question devenait surréaliste , la guerre devrait-elle être attestée par les

photoreporters?

C’est sur ce thème de l’absence d’images dans la guerre du Mali, que Nicolas Demorand

avait invité deux reporters, au Théâtre de la ville, endossant allègrement le propos du

discours télévisuel, les récits journalistiques ont justement eux, l’avantage de se passer

d’images. Albert Londres n’avait pas d’images sauf celles qu’il construisait.

Les reporters d’aujourd’hui seraient les victimes de cette guerre sans images.

C’était la plainte contradictoire formulée par Patricia Allemoniere , journaliste à TF1.

Comment se plaindre d’une part, de n’avoir d’autre choix que celui d’être embarqué avec

l’armée, pour travailler, on se souvient que ce fut le choix de Joseph Capa, auteur des

clichés mémorables sur le débarquement allié, et d’autre part refuser de prendre le risque

d’être prise en otage, n’ayant  » pas envie de passer trois ans dans une grotte ». Florence

Aubenas appréciera, il n’est pas sûr qu’elle ait eu envie d’être prise en otage?

Le propos est au minimum maladroit et sinon injurieux.On apprit au passage que TF1

dispose d’un service psychologique pour les retours difficiles!.

Le reporter de guerre fut longtemps un aventurier, plein d’empathie pour le « camp d’en

face », comme le souligna Jean Pierre Perrin, grand reporter à Libération, « je n’étais pas

spécialisé dans la guerre, je connaissais le pays, et en temps de guerre, je voulais

partager l’épreuve avec une population que je connaissais » .

Aujourd’hui le mercantilisme a gagné les combattants, le reporter est une monnaie

d’échange et sa capture un défi.  » Il faut l’admettre le monde a changé, le point de bascule

cʼest le 11 septembre, expliqua JeanPierre Perrin, avant j’ étais ami avec des djedahhins,

mais aujourd’hui rien nʼest plus sûr.

Mais que veulent il nous montrer que nous n’ayons déjà vu?

Que veulent-ils voir?

La photo de guerre est-elle encore d’actualité ? La question resta sans réponse. Y-a t-il

une valeur pédagogique à ces images ? Les questions que les reporters se posèrent sans

apporter de réponse ?

La guerre exerce toujours une véritable fascination, souvent inexplicable, l’idée de

témoigner permet de l’approcher, de voir la mort de près, cette séduction évidente offre

sans conteste une mise a distance de sa propre mort.

Il faut relire Susan Sontag, et son essai intitulé »Devant la douleur des autres », où elle

disait déjà» Aucune icône laïque que sont ces images douloureuses ne nous détournent

de l’horreur de la guerre, en revanche «l’attrait du voyeurisme et l’éventuelle satisfaction

de pouvoir se dire » ce n’est pas à moi que cela arrive…il parait normal d’éluder la question

du malheur des autres. »

Pour la suivre, cʼest peut-être ce dont il sʼagit mettre à distance «la douleur des autres» ,

abandonner une partie de cette jouissance, pour imaginer autre chose.

« Photographier les temps morts de la guerre », Martin Brugmann

Un photographe, Martin Brugmann qui expose en ce moment à la Maison dʼart, Bernard

Anthonioz, à Nogent-su-Marne, a développé une autre approche, aussi efficace.

A défaut de se rendre sur le «théâtre des opérations» et de chercher à rejoindre à tout prix

sur le front, dont il pense quʼil est difficile à déterminer, pour photographier les morts, les

victimes de la guerre, il photographie la guerre dans ses « temps morts ». Il prend une

distance et propose des images dont il espère quʼelles susciteront une réflexion. Ainsi

cette photo d’un soldat armé jouant avec une petite fille blonde, contraste de lʼinnocence

et de la barbarie, Les conflits ont évolué, on ne peut les montrer comme la guerre

d’Espagne. Il faut prendre acte de la guerre d’aujourd’hui, avec des forces en présence

mal identifiées, le 11 septembre oblige les photographes à redéfinir leur perpective.

La photo qui vient d’obtenir le World Press Award est celle de deux palestiniens tenant

dans leurs bras des enfants morts et visibles à travers les sacs de polystyrène qui les

enveloppent, quʼon ne peut qualifier directement de photo de guerre, préfigure cette

nouvelle approche.

L’image des avions perçant le Trade World center vu par le monde entier et provoquant

une sidération générale a dépassé les pires clichés, l’horreur n’était pas visible seulement

imaginée.Des images qui donnent moins à voir quʼà imaginer, serait-ce la nouvelle clef?

Marlene Belilos

Susan Sontag, Devant la douleur des autres, Christian Bourgois, éditeur.

Maison dʼart Bernard Anthonioz, 16, rue Charles VII, Nogent -sur-marne, Martin

Brugmann

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