Publié par : marlène Belilos | août 4, 2014

Lettre à oliver Py

standing ovation

standing ovation

Paris, le 2 août,

Cher Olivier Py,
Voilà dix ans au moins que je n’étais pas retournée au Festival d’Avignon où je me rendais pour France-Culture. J’en avais gardé de telles impressions que je ne voulais prendre le risque de les amoindrir.
J’ai gardé des souvenirs émerveillées de la direction d’Alain Crombecque.
Cette représentation du Soulier de satin de Claudel qui dura toute la nuit dans la Cour d’Honneur et se heurta à l’incompréhension d’une partie du public. J’ai encore à l’oreille le propos de Crombecque « ils ne se rendent pas compte qu’ils vivent un moment historique».
Crombecque , ex-dirigenat de l’Unef, trop tôt disparu.
Et Chéreau bien sûr et sa bande de l’Ecole de Nanterre, Pierre Roman, qui faisaient les fous dans la piscine du grand hôtel de Villeneuve les Avignon et dont on pouvait suivre les répétitions à la Chartreuse.
Il y eut les répétitions la nuit que dirigea Armand Gatti dans un froid glaicial, il y eut le Mahbarata de Brook dans la carrière Boulbon, et Chéreau et Koltès encore et encore…

Cette année le désir m’en est venu, cher Olivier Py, car vous aviez bagarré pour que ce soit un Festival politique, c’était vous ou le Front national. J’ai soutenu ce qu’on a appelé un chantage et que je trouvais juste. Vous avez gagné , alors que vous auriez pu tout perdre, c’est ça l’amour «donner ce qu’on n’a pas à quelqu’un qui n’en veut pas» , comme le disait Jacques Lacan.
Une politique du désir en quelque sorte..
Sur place il y eut les intermittents et là aussi, vous avez risqué et leur avez laissé la place qui leur revenait.
Il faut avoir assisté à cette fin de festival où le public debout dans la Cour d’honneur avant le concert des Têtes Raides a fait une «standing ovation» de plus de dix minutes à la centaine d’intermittents apparus sur scène.
Ce n’était pas gagné l’absence de Jeanne Moreau «pour des raisons personnelles» risquait de compromettre cette dernière soirée, menaçant de vider la salle, rien n’en a été.
Oui, ce Festival en dehors de sa qualité , a été politique et jusqu’au bout.
La lecture du texte de Lydie Dattas: «La chaste vie de Jean Genet» dans une remarquable interprétation de Guillaume Gallienne, la veille dans la Cour d’Honneur, a été précédé d’un message des intermittents mais aussi d’une pensée pour la Palestine de la part d’un spectateur qui a pris la parole depuis la salle.
Oui c’est ce qui a été formidable, la parole a circulé, parce que vous aviez parlé Olivier Py.
Et vous continuez de dire ce que vous voulez pour l’année prochaine.
Vous êtes d’accord de faire face aux difficultés bien sûr, mais pas seul. Il a manqué de l’argent, 300.000 euros dans les Caisses, vous menacez de raccourcir le Festival.
Vous ne cédez pas sur votre désir.
Vous êtes un homme de théâtre, bien sûr, mais aussi un homme de parole.
Merci à vous pour le retour d’une politique du désir à Avignon.
Je reviendrai l’année prochaine.
Marlène Belilos

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s

Catégories

%d blogueurs aiment cette page :